Les cadavres d’arbres et de coraux favorisent la reprise de la vie, mais pas toujours

Dix écosystèmes, des tropiques à l’Arctique : une étude montre que les restes des espèces fondatrices favorisent la reprise de la vie, mais pas toujours.

Nadège RollandParNadège Rolland
Les cadavres d’arbres et de coraux favorisent la reprise de la vie, mais pas toujours
Un tronc d’arbre mort recouvert de mousse verte dans un sous-bois forestier.

En bref

  • Une étude de Science Advances a passé dix écosystèmes au crible, marins et terrestres.
  • Neuf écosystèmes sur dix réagissent à la présence de dépouilles, avec des effets parfois positifs, parfois négatifs.
  • Les chercheurs veulent faire de ce lien un concept central de l’écologie.

Un arbre calciné, une carcasse de baleine ou un récif de corail sans vie ne sont pas des fins de chaîne : ils continuent de façonner le monde vivant. C’est ce que montre une étude parue en juin dans la revue Science Advances, relayée par Reporterre. Jamais l’effet des restes d’espèces dites « fondatrices » n’avait été quantifié sur une telle ampleur par les scientifiques.

Une étude menée sur dix écosystèmes

Une espèce fondatrice joue un rôle structurant : les coraux dans un récif, les arbres dans une forêt. Pour leur analyse, les auteurs se sont appuyés sur les informations du réseau de recherche écologique à long terme de la Fondation nationale pour la science des États-Unis. Ce dispositif a observé plusieurs populations de ces espèces, entre deux et trente-deux ans après des épisodes de mortalité extrême.

L’examen a porté sur dix écosystèmes, moitié marins, moitié terrestres : on y trouve des récifs de corail, des mangroves, des forêts de kelp, des récifs d’huîtres, ainsi que des forêts humides tropicales et boréales. Ils se situent des tropiques jusqu’au cercle polaire arctique.

Ce que les défunts offrent aux survivants

Dans plusieurs milieux, les restes accélèrent la restauration et renforcent la résilience, parfois de façon marquante :

  • Mangroves : une fois l’ouragan passé, les feuilles mortes s’entassent dans l’enchevêtrement des racines et fournissent des éléments nutritifs qui stimulent l’apparition de racines neuves.
  • Forêts boréales : après un incendie, les épicéas noirs calcinés restent debout et déversent quantité de semences sur le sol, ce qui facilite la reconstitution de la forêt.
  • Forêts tempérées de Nouvelle-Angleterre : là où les pucerons lanigères ont tout ravagé, les arbres morts maintiennent un microclimat qui favorise la croissance des arbrisseaux.
  • Vasières : les coquilles d’huîtres mortes offrent aux jeunes huîtres un support pour s’implanter et grandir.

Des effets qui ne sont pas toujours bénéfiques

Neuf écosystèmes sur dix ont réagi à la présence de dépouilles, mais l’effet n’est pas toujours bénéfique. Selon les chercheurs, « De mêmes restes peuvent à la fois profiter à certains, et nuire à d’autres ».

Un nudibranche posé sur les fonds marins, visible entre des branches d’hydrozoaires floues au premier plan.
Un nudibranche évolue sur un fond marin parmi des structures coralliennes et des hydrozoaires à Nosy Komba. Photo : Tilonaut / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

Effets favorables

Nutriments, graines, support de croissance et microclimat protecteur aident la régénération.

Effets défavorables

À Moorea, en Polynésie française, les squelettes de coraux tués par les vagues de chaleur marine hébergent des macro-algues qui nuisent à la survie des jeunes coraux et risquent de les supplanter. À Porto Rico, dans une forêt tropicale humide, les débris qu’un ouragan laisse au sol peuvent occulter la lumière et freiner la croissance des jeunes pousses.

Des insectes du bois mort aux baleines des profondeurs

Des recherches plus anciennes allaient déjà dans ce sens. En forêt, de nombreux insectes seraient tributaires du bois mort ou en train de pourrir. Sur le littoral, les algues et les restes d’animaux marins que la marée dépose sur le sable alimentent plantes, insectes et oiseaux. En mer, des océanographes de l’université d’Hawaï ont établi qu’une seule carcasse de baleine pouvait nourrir les créatures des grandes profondeurs autant que ce qui leur parvient habituellement de la surface pendant plusieurs décennies.

20 à 30 %des insectes forestiers dépendraient, directement ou non, du bois mort
100 à 200 ansd’apports de la surface, équivalents à une seule carcasse de baleine

Les chercheurs proposent de voir dans l’effet des morts sur les vivants un « concept central de l’écologie » et réclament de nouvelles études. D’après eux, les organismes morts risquent de devenir plus fréquents dans bien des écosystèmes, à mesure que les perturbations s’aggravent : il s’agit d’une projection de leur part, non d’une mesure. Pour explorer ces milieux, on peut parcourir les secrets de la diversité des animaux marins.

Photo : Diogo Miranda / Pexels

Nadège Rolland

Nadège Rolland

Nadège Rolland suit pour Animaux Passion les chats, les lapins et rongeurs, les poissons et tous les petits compagnons qui vivent en appartement. Elle a longtemps travaillé dans une clinique vétérinaire à Nantes comme assistante d'accueil, ce qui lui a appris à écouter les questions que les propriétaires n'osent pas poser. Chez elle, deux chats, un lapin nain et une plante verte que personne n'a réussi à épargner.